LES GARS FACE À LA DÉPRESSION

Lors de ma première conférence à vie, j’avais comme public 32 personnes, dont 31 hommes, c’était dans une industrie de porte et fenêtre.

J’arrive à peine à mon lutrin, un peu nerveux de cette première, qu’un homme me dit à voix haute « moi j’en ferai jamais de dépression », un peu ébranlée par cette affirmation, je lui demande pourquoi il en est si certain.

« Parce que moi je suis un vrai gars », manifestement ça ne lui tentait pas d’être là! Il me dit cela de façon agressive, le ton sec, les yeux bien fixés sur moi et le doigt accusateur.
Je lui demande si possible d’écouter ma conférence malgré tout, pas pour lui bien sur, mais juste au cas ou un membre de sa famille, ami ou entourage seraient atteint un jour de la dépression. Il ne répond pas, je commence ma conférence qui finalement s’est bien déroulée et à la fin je demande aux gens s’ils ont des questions.

Bien sûr que non voyons, des gars, ça sait tout, particulièrement sur la dépression, par contre plusieurs viennent voir la bibitte que je suis, me donne la main échangent quelques mots et très peu me parle de dépression, car tous se sentent surveillés par leurs collègues de travail.
Je me rends chercher mon manteau dans un local au fond, voilà donc que mon « vrai gars » se pointe dans le cadre de la porte. L’air plus détendu, avec le même ton de voix, me demande si j’ai deux minutes. J’enlève mon manteau et il me dit vouloir acheter mon livre et m’informe qu’il croit que sa femme a des signes de dépression. Nous parlons quelques instants et il part sans oublier de me dire qu’il ne faut pas que « les chums le sachent que je vous ai parlé ok? ».

Sur le chemin du retour, j’avais toujours cet homme en tête, pourquoi cacher à ses amis, le fait qu’il soit venu me voir et pourquoi avoir tant insisté pour me dire que c’était sa femme et personne d’autre qui avait des signes de dépression. Je me suis dit, c’est peut-être bien lui qui a des problèmes de santé, pourquoi avait-il été si prompt au début et si désireux d’acheter mon livre et se confier un tant soit peu par la suite.

Bien évidement, pourquoi aurait-il fait cette affirmation sur sa femme devant les autres et encore moins pourquoi acheter mon livre après sa sortie verbale du début? Si c’était lui la personne souffrante, pourquoi se couvrir de « ridicule », devant sa gang?

À mon humble avis, je crois que cet homme, comme bien d’autres de ma génération, sommes fait dire tant d’inepties tel que : Un gars, C’est fort, ça doit donner l’exemple, ça ne pleure pas, ça n’a pas le droit d’avoir des émotions et de montrer ses sentiments publiquement, etc. Généralement, un gars ça attend que le bateau coule de partout avant de consulter.
C’est vrai que nous avons et entendons encore parfois ce genre de réflexions faites auprès des hommes, cela tend à diminuer, mais les perceptions et les préjugés sont encore bien forts.

Encore dernièrement, lors d’une séance de signatures, une dame vient me voir pour une dédicace et me raconte comment elle tente de se sortir d’une dépression sévère, je tente de lui donner quelques trucs que je connais et qui sont efficaces. Tout va bien jusqu’au moment ou son mari viens la rejoindre, elle me présente a lui et semble bien contrarié de mon vécu psychiatrique! Au moment de me quitter, la dame me serre la main, je tends la main à son époux qui recule de deux pieds et passe par une autre allée, pour ne pas me faire face, dans cet exemple, je dirais que le livre est probablement pour apprendre à supporter l’autre!

Dans un sondage récent, 60 % de la population disent qu’une personne ayant fait une dépression, devient une personne imprévisible. Imprévisible à quoi?… Mystère. Pire, 21 % des gens sondés, affirme qu’une personne ayant fait une dépression est une personne « faible ».
Tant et aussi longtemps que ces préjugés seront aussi tenaces et malsains pour les gens qui vivent une épreuve psychologique difficile, les gens ne seront pas portés à consulter, parler et se faire soigner.

Si jamais une de vos connaissances, se confie à vous, au lieu de la dénigrer, la rejeter avec des préjugés stupides, tendez-lui la main comme vous aimeriez que l’ont fasse si vous étiez à sa place.
Bonne route à vous,

Serge Larochelle
Auteur-conférencier
www.sergelarochelle.com